Sécheresse 2026 : les méga-bassines prises à sec
Elles devaient garantir l'eau des étés secs. En 2026, les méga-bassines se sont vidées avant même le cœur de la sécheresse. À Mauzé-sur-le-Mignon, il ne restait que 2 000 mètres cubes mi-août, contre plus de 200 000 en juin. Pendant ce temps, le maïs grillait, même irrigué. Un fiasco qui relance une question simple : faut-il stocker l'eau, ou apprendre à la garder dans les sols ?
Stocker l'eau de l'hiver pour arroser l'été. L'idée paraît frappée au coin du bon sens. Elle porte les méga-bassines, ces réserves géantes défendues par la FNSEA et une large partie de la classe politique. Leurs partisans y voient une adaptation au climat : capter l'eau abondante de l'hiver, quand les nappes débordent, pour la restituer l'été. Pourtant, l'été 2026 a douché cette promesse. Au plus fort de la sécheresse, les bassines se sont retrouvées à sec.
Des réserves vides en plein été
Le paradoxe saute aux yeux. Dans le triangle entre La Roche-sur-Yon, Angoulême et Poitiers, les plus grandes réserves étaient quasi vides dès la mi-juillet. Selon une enquête du média Bon Pote signée Thibaut Schepman, la bassine de Mauzé-sur-le-Mignon ne contenait plus que 2 000 mètres cubes le 14 août, contre plus de 200 000 en juin. Celle de Priaires s'est vidée début août, suivie de près par Épannes.
Une enquête montre que la bassine de Sainte-Soline, remplie à moins de 10% de sa capacité après l’interdiction des pompages hivernaux, était vide dès la mi-juillet 2026. L’évaporation liée aux canicules y a contribué, mais une partie de l’eau aurait aussi servi à l’irrigation, dans des conditions dont la légalité et la traçabilité restent contestées.
L'évaporation, ce trou dans le seau
C'est le point aveugle du système. Une bassine à ciel ouvert s'évapore. L'hydroclimatologue Florence Habets, directrice de recherche au CNRS, donne un ordre de grandeur : « la consommation de plusieurs centaines de personnes qui s'évapore chaque jour » dans chaque réserve. Une étude menée en Afrique du Nord va plus loin ; certains réservoirs perdent par évaporation jusqu'au double de leur capacité annuelle.
Le paradoxe est cruel. Pour sécuriser l'eau, on construit des ouvrages qui, en s'évaporant, aggravent le manque. Par ailleurs, l'eau pompée l'hiver est celle qui rechargeait les nappes. Un exploitant voisin, non raccordé au réseau, le résume simplement : sa nappe baisse quand la bassine se remplit.
À qui profite l'eau ?
Reste la question de l'équité. Les méga-bassines servent d'abord de grandes exploitations céréalières, souvent liées à l'agro-industrie. Une enquête de Mediapart a montré que les douze bénéficiaires de Sainte-Soline exploitent des surfaces bien supérieures à la moyenne, avec d'importantes aides publiques.
Les petits producteurs, eux, restent à sec. Maraîchers et pépiniéristes peinent à accéder à l'eau stockée, et - comble du comble - subissent la hausse de son prix. En outre, aucun outil ne permet de savoir en temps réel qui puise, et combien. Les déclarations arrivent avec deux ans de retard. Florence Habets déplore qu'en cas de crise, rien ne soit prévu pour gérer la pénurie.
Retenir plutôt que stocker
Existe-t-il une autre voie ? La recherche en dessine une, moins spectaculaire. Plutôt que d'enfermer l'eau sous des bâches, il s'agit de la ralentir, de l'infiltrer et de la garder dans les sols et les paysages. On parle de solutions fondées sur la nature, ou de rétention naturelle de l'eau.
Les leviers sont connus. L'agriculture de conservation, avec moins de labour et des sols couverts, augmente la capacité de rétention en eau de 8 à 10 % après quelques années. Les haies et les bandes enherbées freinent le ruissellement. Les zones humides et les petits cours d'eau restaurés jouent le rôle d'éponges. Ces mesures rechargent les nappes au lieu de les vider.
Un modèle à réoutiller
Ces solutions ont leurs limites. À l'échelle d'un bassin versant, leurs effets restent mal quantifiés, faute de suivis rigoureux. Les chercheurs les qualifient toutefois de « sans regret » : elles vont dans le bon sens et apportent d'autres bénéfices, comme une meilleure qualité de l'eau et davantage de biodiversité.
Surtout, la sécheresse 2026 a livré une leçon brutale. Dans les Deux-Sèvres, le maïs irrigué n'a parfois rien donné, la chaleur ayant stérilisé le pollen. Arroser des parcelles qui ne produiront pas revient à gaspiller une ressource rare. « Beaucoup d'eau est perdue » sur ces cultures, pointe Florence Habets, quand des maraîchers aux besoins modestes en manquent.
Le vrai débat
Le débat n'oppose donc pas l'eau des uns à celle des autres. Il interroge le modèle agricole tout entier. Faut-il continuer à irriguer massivement des cultures inadaptées, ou partager l'eau selon les besoins et la résilience des systèmes ? La loi d'urgence votée cet été a choisi de faciliter la construction de nouvelles bassines contre une large majorité d'avis scientifiques. Elle mise sur le stockage, quand la ressource, elle, se raréfie.

