Plus de 420 000 € de pertes sur les cinq dernières années : le modèle économique de ces cinq « bassines » mis à mal
En réflexion sur la question des réserves de substitution du bassin de la Sèvre niortaise depuis avril 2025, le Conseil départemental des Deux-Sèvres apportera-t-il des éléments de réponse à l’occasion de la prochaine séance publique prévue le 22 juin ? Il est encore trop tôt pour le dire. En attendant, la collectivité compose déjà avec les fragilités financières de la Compagnie d’aménagement des eaux des Deux-Sèvres (CAEDS) dont elle détient 65,05 % des parts (*). Cette société d’économie mixte, mêlant capitaux publics et privés, a été fondée en février 1988 afin de participer directement ou indirectement à toutes les opérations de gestion de l’eau dans le cadre des compétences du Département. Cela a longtemps inclus les barrages de la Touche-Poupard et du Cébron désormais sortis de la structure.
« Nécessaire d’engager des discussions pour revoir le modèle »
Depuis le 1er janvier 2018, sa seule activité est liée aux cinq retenues dédiées à l’irrigation agricole dans le bassin de la Boutonne. Localisés à Lusseray, Périgné, Fontenille, Chef-Boutonne et Luché-sur-Brioux, ces ouvrages sont opérationnels depuis le printemps 2011 et représentent un volume global de près de 1,3 million de m³ réparti entre quatorze irrigants du Mellois. Un modèle qui, économiquement, est en souffrance. Si les comptes laissaient encore apparaître un solde légèrement positif en 2020 (+ 9 000 €), ils ont plongé depuis dans le rouge : - 29 200 € en 2021, - 38 300 € en 2022 et - 146 000 € en 2023. Alors que le conseil d’administration tablait sur une amélioration en 2024 avec un résultat négatif limité à - 70 000 €, celui-ci a finalement continué sur la même pente jusqu’à atteindre les - 163 574 € d’après le compte rendu consulté par Le Courrier de l’Ouest.
Si un mieux a été observé en 2025, l’exercice s’est clôturé sur des pertes avoisinant les 48 234 € d’après le rapport de gestion, soit un déficit cumulé d’un peu plus de 425 000 € sur les cinq dernières années compensé jusqu’ici par l’héritage du passé. Liée à la guerre en Ukraine, la flambée des prix de l’énergie est le principal facteur à l’origine de cette dégradation prolongée, l’utilisation des pompes alourdissant mécaniquement le poids des charges d’électricité. En 2023, la facture a ainsi plus que doublé, passant de 109 080 € à 228 778 €. En 2024, elle se chiffrait à 127 400 €. En 2025, elle restait encore le premier poste de dépenses (110 830 €). Une hausse répercutée très à la marge sur les agriculteurs, les contrats signés depuis 15 ans et s’étirant jusqu’en 2028 plafonnant le coût de l’électricité à 10 % du prix de l’eau facturé, quelle que soit la tarification. En clair, les agriculteurs raccordés paient l’eau moins cher que ce qu’elle coûte en réalité à la Caeds.
Les travaux de réparation et de maintenance des réseaux pèsent également dans la balance. Ils s’élevaient à 93 472 € en 2023 et à 98 746 € en 2024. Ce n’est que l’an passé qu’un fléchissement a été observé, l’investissement s’élevant à 59 066 €. Ces lignes budgétaires englobent des fuites sur des canalisations, des changements de compteurs, des vidanges, des vannes défectueuses, l’entretien des abords et des clôtures… Comme il l’est écrit dans le dernier rapport de gestion, la Caeds reste très fragile […] L’échéance des contrats approchant, il va être nécessaire d’engager des discussions sur la suite de cette relation en revoyant notamment le modèle économique qui devra intégrer, outre les frais de fonctionnement, la réalisation de travaux de remise à niveau nécessaires


