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Pfas : l’ONU alerte sur l’omniprésence des polluants éternels dans l’eau potable et le lait maternel


| Libération | Pollution

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Les Pfas, qui ont surgi récemment dans le débat public en France, n’épargnent aucun recoin de la planète et nécessitent une «surveillance mondiale». Voici l’un des messages clés formulé ce lundi 17 juin dans un rapport du Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) dédié aux «polluants organiques persistants» (POP), dont font partie les fameuses substances per- et polyfluoroalkylées (Pfas), utilisées dans divers domaines industriels et produits de consommation courante (emballages alimentaires, ustensiles de cuisine, vernis, shampooing…).

50 000 points de contrôle

Peu connues du grand public malgré leur forte toxicité et leur grande persistance dans l’environnement comme dans l’organisme humain, ces substances avaient jusqu’alors surtout fait l’objet d’études aux Etats-Unis et en Europe. Pour combler cette lacune, le PNUE a donc analysé durant trois années (2016-2019) la présence de ces «polluants éternels» dans 42 pays d’Afrique, d’Asie, des îles du Pacifique, d’Amérique latine et des Caraïbes. Et les conclusions de ce vaste travail «confirment la prévalence mondiale» de plusieurs POP, dont les Pfas, «même dans des zones éloignées de toute source de contamination connue» – les POP étant réputés pour être mobiles sur de grandes distances.

Au cours de cette étude, l’organisme de l’ONU a surveillé, en tout, trente polluants organiques persistants interdits par la convention de Stockholm (entrée en vigueur en 2004, signée par plus de 150 pays et régulièrement mise à jour au fur et à mesure des connaissances scientifiques sur les dangers de ces substances). Le PNUE avait ainsi dans son collimateur les Pfas, mais aussi les paraffines chlorées (utilisées comme plastifiant) ou encore des insecticides tels que l’aldrine, la dieldrine ou le DDT (dichlorodiphényltrichloroéthane).

En définitive, plus de 50 000 points de contrôle ont été mis en place pour mesurer la présence de ces trente produits chimiques et nocifs dans l’air, l’eau, les sols, le lait maternel… Ces derniers ont été retrouvés dans «chacun des 900 échantillons collectés» à travers la planète. «Les polluants organiques persistants restent omniprésents, malgré les efforts déployés pour réduire leur utilisation et leur production», alerte avec force la scientifique en chef du PNUE, Andrea Hinwood.

Le DDT en déclin

Certes, certains polluants sont en voie de déclin, «principalement les douze POP initialement répertoriés dans la convention de Stockholm de 2004», explique le rapport de l’ONU. Par exemple, la présence du DDT dans les échantillons de lait maternel a diminué de plus de 70 % en vingt ans. Sauf que, d’une part, malgré cette baisse, certains polluants peuvent demeurer à des concentrations très hautes (selon l’étude, le DDT reste le POP le plus répandu dans le lait humain). Et que d’autre part, si certains sont en cours de disparition, de «nouveaux apparaissent sans cesse», note le rapport. «Certaines substances chimiques interdites ont été remplacées par l’industrie par d’autres substances chimiques, dont on a découvert par la suite qu’elles avaient également des propriétés de polluants organiques persistants, telles que les Pfas, pointe l’étude du PNUE. Ces substituts, souvent interdits par la suite en raison de leurs propriétés similaires, ont été détectés à des niveaux élevés.»

Trois sous-familles des Pfas sont aujourd’hui intégrées à la convention de Stockholm – les Pfos, Pfoa, et PFHxS. D’après le travail du PNUE, ces trois substances ont été retrouvées dans les échantillons de lait maternel des 35 Etats ayant fait des mesures – 14 étant des pays d’Afrique, 9 d’Amérique du Sud, 4 d’Asie, et 8 étant des îles du Pacifique, à l’image des Fidji, des Palaus, ou du Vanuatu. Ces Pfas ont été détectés jusque dans l’eau potable de ces différents archipels éloignés, détaille le rapport, «à des niveaux dépassant de loin les normes de l’Union européenne et des Etats-Unis».

Selon une synthèse de référence publiée en 2022 par l’Académie nationale des sciences américaine, une dizaine de pathologies seraient désormais associées aux Pfas et ne feraient presque plus l’objet de débats intenses entre experts. Parmi elles : la dégradation de la fertilité, l’apparition d’hypertension artérielle pendant la grossesse, la diminution du poids des bébés à la naissance, la perte de réponse des anticorps chez les adultes et les enfants (entraînant notamment des problèmes pour la vaccination), la hausse du taux de cholestérol, l’augmentation du risque de maladies thyroïdiennes, de lésions au foie, de colite ulcéreuse (une maladie inflammatoire qui touche le gros intestin), du cancer des reins et du cancer des testicules.