Accéder au contenu principal
Demain  le Vexin

Demain le Vexin


Sécheresse : la France face à un risque de « guerre de l'eau » cet été

| Les Échos | Actualités

Réunies en cellule de crise au ministère de la Transition écologique ce lundi, toutes les administrations concernées par la gestion de l'eau sont unanimes : la sécheresse est généralisée à l'ensemble du territoire et va encore s'aggraver.

La ministre de la Transition écologique, Monique Barbut, avait tiré une première fois la sonnette d'alarme à la mi-juillet en réunissant une cellule de crise sur l'état de la ressource en eau sur le territoire. Un peu moins de quinze jours plus tard, la situation s'est encore dégradée sous l'effet du manque lancinant de précipitations et du maintien de températures élevées.

« Malgré un hiver assez humide, la sécheresse s'est généralisée à l'ensemble du territoire et l'humidité des sols est à un niveau plus bas encore que lors de la sécheresse de 2022 à la même époque », a indiqué la ministre.

Toutes les administrations présentes - l'Office français de la biodiversité (OFB), le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) ou encore Météo France - sont allées dans le même sens : la sécheresse est durablement installée et va encore s'aggraver, notamment avec la quatrième vague de chaleur qui devrait débuter ce mardi, en particulier dans le Sud-Ouest.

Le mois de juillet le plus chaud depuis 1960

Côté précipitations, des orages devraient survenir localement dans les prochains jours, mais sans parvenir à réhumidifier en profondeur les sols. « Il faudrait des précipitations régulières et durables sur plusieurs jours pour que l'eau s'infiltre convenablement dans les sols. Avec des orages sur des sols secs, l'eau ruisselle mais ne s'infiltre pas », a expliqué le représentant de Météo France, précisant que juillet 2026 serait le mois de juillet le plus chaud depuis 1960, avec des températures supérieures de 3,7 °C à 4 °C aux normales de saison.

La quasi-totalité des nappes phréatiques sont à des niveaux inférieurs à la normale - sauf dans la Beauce - et la situation est particulièrement préoccupante dans le Limousin, la Bretagne et le Grand Est, selon les observations du BRGM.

Même constat pour les eaux de surface qui alimentent 80 % des prélèvements : la dégradation se poursuit partout, avec des assecs (des cours d'eau totalement privés d'eau) sur l'ensemble du territoire. Le niveau de la Garonne par exemple est actuellement inférieur à celui de 2022 à la même époque, et même à celui de 1976, qui fut une année record pour la sécheresse en France.

Ravitaillements par camion-citerne

La principale préoccupation, devant une situation pareillement dégradée, est de parvenir à garantir l'alimentation en eau potable des populations. « Moins d'eau dans les rivières ou les fleuves, cela signifie par exemple que les rejets des stations d'épuration sont moins dilués », explique David Ratheau du BRGM, ce qui peut mettre en péril l'alimentation des stations d'assainissement chargées de la distribution d'eau potable.

Selon les chiffres du ministère, 91 départements sont déjà soumis à des restrictions d'eau et parmi eux, 80 communes regroupant 30.000 habitants connaissent actuellement des coupures d'eau du robinet qui oblige à ravitailler les populations par camion-citerne ou avec des distributions de bouteilles d'eau.

De quoi alimenter un sujet de débat d'une brûlante actualité, celui du partage de la ressource en eau, quelques jours après le vote définitif de la loi d'urgence agricole qui a notamment soulevé la question du stockage de l'eau pour les usages agricoles.

D'ici 2050, la France pourrait connaître quatre fois plus de sécheresse qu'en 1960

Monique Barbut, ministre de la Transition écologique

La semaine dernière, la Coordination rurale a appelé les agriculteurs à ne pas respecter les arrêtés préfectoraux de restrictions d'eau : « Les interdictions et restrictions d'irrigation ne cessent de pleuvoir de toutes les préfectures de France. Paysans, ne les respectez pas et continuez d'irriguer », a encouragé dans un communiqué le syndicat.

De quoi faire bondir la ministre de la Transition écologique, déjà très mal à l'aise avec cette loi d'urgence agricole qui a failli causer sa démission la semaine dernière. « Respecter les mesures de restrictions n'est pas un choix, c'est un devoir, a-t-elle rappelé lors de sa prise de parole. « Il n'est pas acceptable que les règles soient enfreintes […]. Les enfreindre, c'est prendre le risque d'alimenter une guerre de l'eau », a-t-elle poursuivi.

Une guerre qui ne fait que commencer si les usages, des agriculteurs comme des industriels ou des particuliers, n'évoluent pas vers davantage de sobriété. « D'ici 2050, la France pourrait connaître quatre fois plus de sécheresse qu'en 1960 », a indiqué Monique Barbut.

Avec des coûts colossaux à la clé : en 2022, l'impact économique de la sécheresse a été évalué à 5,6 milliards d'euros, dont plus de 1 milliard pour les pertes agricoles. « Cette année, ces chiffres seront supérieurs », a précisé la ministre, « auxquels il faudra ajouter les coûts liés aux incendies […] soit au moins 1 milliard d'euros d'investissements à envisager pour replanter ». Les choix budgétaires n'en seront que plus difficiles pour le gouvernement.