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Demain  le Vexin

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« Une triste réalité » : pollué par un pesticide, ce captage d’eau potable va être définitivement fermé en Deux-Sèvres


| Ouest France | Pollution

Contaminé par un métabolite en de trop fortes concentrations rendant l’eau impropre à la consommation, le captage de la Pinaudière, à Saint-Vincent-la-Châtre, va être fermé par la préfecture des Deux-Sèvres.

L’arrêté va être signé dans les prochains jours par la préfecture des Deux-Sèvres mais la décision est déjà dans les tuyaux. Situé à une profondeur de 12,75 m à Saint-Vincent-la-Châtre, dans le sud des Deux-Sèvres, le captage d’eau potable de la Pinaudière, mis en service en 1938, va être définitivement fermé en raison d’une contamination à un pesticide, a appris Le Courrier de l’Ouest. En cause, de trop fortes concentrations de métolachlore ESA, substance issue de la dégradation du S-métolachlore, un herbicide abondamment pour certaines cultures (maïs, tournesol, soja et sorgho notamment) par l’agriculture conventionnelle entre 2005 et 2024 (voir par ailleurs).

« Une triste réalité qui s’impose à nous »

Réuni le 24 février 2026, le Conseil départemental de l’environnement et des risques sanitaires et technologiques (Coderst) a émis un avis favorable à la demande formulée par l’Agence régionale de santé (ARS), elle-même saisie en ce sens le 27 mars 2025 par le Syndicat d’eau potable du Sertad qui, depuis 2021, assure l’alimentation des 589 habitants de la petite commune du Mellois. Un transfert directement lié à cette contamination. Nous avions des problèmes de normes avec ce métabolite que nous n’arrivions pas à régler malgré les mélanges utilisés entre notre château d’eau et l’usine de Sainte-Néomaye (environ 14 000 m³ par an). On était régulièrement au-dessus et les procédés à employer étaient trop onéreux pour notre collectivité. Le syndicat nous a permis de rester dans les clous et de bénéficier d’une ressource conforme à la réglementation. Abandonner notre réseau d’eau communal a été un crève-cœur mais la triste réalité nous rattrape, confie Jacques Trichet, le maire de Saint-Vincent-la-Châtre.

Impropre à la consommation humaine, l’eau du captage ne sort plus du robinet des Saint-Vincentais depuis cinq ans. Elle provient de la prise d’eau superficielle du barrage de la Touche-Poupard, après traitement par l’usine du Sertad, précise la préfecture. Cette fermeture administrative n’est qu’une simple régularisation, désamorcent les services de l’État. Reste que la problématique n’est pas cantonnée à la commune dans le secteur. Dans son rapport annuel 2023, le dernier mis en ligne par le Sertad, la ressource distribuée par le barrage de la Touche-Poupard est, elle aussi, fortement exposée aux intrants chimiques. En 2023, 13 molécules ont été détectées sur près de 300 recherchées lors des 18 prélèvements réalisés, peut-on lire. La palme revient aux herbicides et aux métabolites, ainsi qu’aux molluscicides (produits utilisés contre les limaces et les escargots), aux fongicides et à leurs formes dégradées. Trois molécules ont été détectées à des concentrations supérieures à 0,10 micro-gramme par litre dont le métolachlore ESA qui dépasse quasi-systématiquement cette valeur et atteint la concentration maximale par molécule de 0,260 micro-gramme par litre. Très présent dans le Thouarsais, le chlorothalonil, interdit depuis 2020, atteint également des niveaux alarmants.

Interrogée sur la fermeture administrative potentielle d’autres points de captage dans le département, la préfecture assure qu’aucune n’est prévue dans l’immédiat. Elle rappelle que les fermetures intervenues ces dernières années correspondent essentiellement à des régularisations administratives de captages techniquement fermés depuis longtemps, notamment pour des raisons hydrauliques et/ou de restructuration des réseaux.

73 captages

Après la fermeture administrative du captage de la Pinaudière, les Deux-Sèvres compteront 73 captages actifs (forages et prises d’eau superficielle) servant à la production d’eau potable.

Une substance cancérigène suspectée

Après un premier rapport de l’Anses en 2021 mettant en lumière l’ampleur de la contamination des eaux souterraines au S-Métolachlore et à ses substances dégradées, l’herbicide a finalement été banni en 2024 après une nouvelle expertise menée un an plus tôt par l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail. La molécule est classée comme substance cancérigène suspectée par l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA) depuis juin 2022.

Daniel Jollit est le président du Syndicat d’eau du Sertad qui alimente 60 000 habitants de la Communauté de communes de Mellois-en-Poitou, du Haut Val de Sèvre, et la Communauté d’agglomération du Niortais.

« On vit avec cette épée de Damoclès »

Aucun syndicat d’eau n’est épargné malheureusement. Pour Daniel Jollit, la fermeture du captage de la Pinaudière illustre le bruit de fond de pollution des nappes phréatiques par les produits phytosanitaires. On vit tous avec cette épée de Damoclès, reconnaît le président du Sertad qui répète à l’envi qu’on prend le problème à l’envers. On demande sans cesse aux syndicats de traiter l’eau pour qu’elle soit conforme mais on arrive aux limites de cette logique de fuite en avant. Plus on cherche, plus on trouve, plus on dépollue, plus ça coûte cher, plus l’usager trinque. Il faudrait plutôt s’en prendre à la source et arrêter de dégrader le sol par les traitements chimiques, martèle ce dernier. Je ne veux pas stigmatiser des agriculteurs car on les a incités à le faire et on les a enfermés dans un système. Le sujet est délicat mais la meilleure de solutions, ce n’est pas d’attendre le remède miracle d’un industriel mais bien de limiter au maximum ces pratiques.

Et pour ce dernier, le levier de l’acquisition foncière à proximité des points de captage est le plus efficient à l’heure actuelle. On l’active depuis deux ans et même s’il faudra encore un peu de temps pour voir l’amélioration, protéger ces périmètres avec la collaboration d’agriculteurs sensibles au sujet, c’est le plus judicieux et le plus concret.