Sécheresse dans les Yvelines : l'eau manque déjà comme en plein été

Sylvain Reverchon, directeur départemental des territoires des Yvelines, surveille de près le niveau des nappes phréatiques.
L’eau va-t-elle manquer dans les Yvelines ? La question se pose alors que pour la première fois depuis des années, si ce n’est des décennies, le préfet a placé en alerte 85 communes du département… en plein hiver.
L’arrêté, publié le 13 mars dernier, a fixé des mesures obligatoires de limitation des usages de l’eau dans toute la partie centrale des Yvelines. Dans le même temps, toutes les autres communes ont été mises en situation de vigilance.
La situation est-elle si catastrophique que cela ? Faut-il légitimement s’en inquiéter ? Sylvain Reverchon, directeur départemental des territoires des Yvelines, répond à ces questions.
Actu : Le printemps vient à peine de commencer est l'eau pose déjà problème. Pourquoi ?
Sylvain Reverchon : Notre phénomène est lié à deux choses. La première est que l'on a connu une grosse période de sécheresse l'année dernière. Malgré les efforts et les économies, nous avons tous naturellement puisé dans la ressource. Et cette ressource ne s'est pas rechargée à l'automne et en hiver, entre octobre et mars. La seconde est que nous n'avons eu que des faibles volumes de précipitations.
Est-ce déjà la catastrophe ?
S. R. : La situation des cours d'eau n'est pas exceptionnellement bonne, mais elle n'est pas mauvaise. À ce stade, il n'y a pas de risque majeur pour eux.
Ce sont pour les nappes phréatiques que c'est plus inquiétant. Dans la zone centrale, sur deux piézomètres, qui nous servent à mesurer la hauteur de la nappe, nous avons franchi les seuils. C'est cela qui a justifié l'arrêté du préfet.
Le niveau des nappes similaire à juillet 2022
Ce sont des seuils équivalents à ceux d'un mois de juillet ou d'août ?
S. R. : Effectivement. Quand je regarde ce que l'on avait l'année dernière, nous étions sur cette situation plutôt au mois de juillet.
Il faudrait combien de temps pour que la nappe de la zone centre puisse se recharger ?
S. R. : C'est difficile à estimer. C'est la nappe la plus fragile. Si on a un printemps ou un été pluvieux, il y aura moins de consommation humaine et les plantes puiseront moins. Mais ce sera compliqué pour une recharge complète.
Quel doit être le niveau de notre inquiétude ? Pour schématiser, allons-nous avoir de l'eau au robinet ?
S. R. : Oui. Nous avons un système de réseau d'eau potable qui est interconnecté. Si un forage est défaillant, les usines produisant de l'eau peuvent gérer avec d'autres forages.
Ce qui ne veut pas dire qu'il ne faut pas faire attention. Il faut vraiment travailler sur la notion d'économie, à l'image de ce que l'on a fait pour l'énergie. Il faut que nos concitoyens s'habituent à faire des écogestes sur l'eau : collecter les eaux pluviales, mettre un économiseur sur la chasse d'eau, prendre une douche au lieu d'un bain. C'est au moins 60 litres de différence. Vous multipliez ça par la population des Yvelines : 1,437 million... Cela représente du volume.
Moins d’eau pour les agriculteurs
Et du côté des agriculteurs ?
S. R. : Je dois les rencontrer la semaine prochaine, et en particulier les maraîchers pour anticiper une crise. Sachant que la particularité, dans certains secteurs de notre département, est que les agriculteurs doivent avoir une gestion volumétrique de leur irrigation à l'année. Ils ont un quota adapté à la situation de la nappe. Dans le cas présent, il s'agit de la nappe de Beauce. Elle est gérée à Orléans puisque la nappe est sous 9 départements. Dans les prochains jours, on va notifier aux agriculteurs leur volume pour l'année à venir. On sait qu'il sera un peu plus faible que celui de l'année dernière.
A quel rythme surveillez-vous nos réserves d'eau ?
S. R. : Tous les 15 jours, j'ai un point de situation très précis sur le niveau des nappes. Et toutes les semaines pour les cours d'eau. Et en fonction de l'évolution des seuils, je propose au préfet de prendre une décision.
En situation de « vigilance » pour l’année ?
Avez-vous le sentiment que nous sommes à un tournant écologique dans notre façon de consommer l'eau ? On vient de franchir un cap ?
S. R. : Oui. Sincèrement. C'est vrai comme ça l'est pour l'énergie. On travaille avec les collectivités pour adapter nos villes à demain. Des villes plus adaptées, plus durables, plus résilientes aux changements climatiques. Je pense à l'isolation, aux îlots de fraîcheur, à la désimperméabilisation des sols pour ramener de l'eau aux nappes. Et non plus directement dans les cours d'eau et donc dans l'océan. Le sujet de la recharge des nappes, est aussi là.
Parvenez-vous à avoir projection pour les semaines et mois à venir ?
S. R. : À ce stade, je ne peux pas vous dire... Je ne lis pas dans le marc de café... Cela va dépendre des prochaines précipitations. Mais je crains que la position de vigilance ne soit valable pour l'année.
Si la situation perdure et s'aggrave, pensez-vous renforcer les contrôles... chez les particuliers ?
S. R. : Oui. Chez tout le monde. Nous avons évoqué cet élément hier dans le cadre de la mission interservices de l'eau et de la nature. Cette année, nous renforcerons notre dispositif de contrôle. Mais nous ferons d'abord de la pédagogie, avec la police de l'eau.

