« L’eau monte vite et redescend vite » : malgré un hiver pluvieux, les sols sont secs en Vendée
Après les fortes pluies tombées en Vendée cet hiver, des signes de sécheresses pointent le bout de leur nez en ce mois d’avril 2026. Le niveau des nappes phréatiques du secteur est en dessous des moyennes mais la situation peut encore se résorber.
C’est ce qu’on appelle passer du tout au tout. Après des pluies très intenses en début d’année, les gouttes se font désormais désirer en Vendée. Le dernier bulletin hydrologique de l’Établissement public du Marais poitevin (EPMP), publié le 1er avril 2026, est clair à ce sujet : en ce début de saison printanière, le déficit de précipitation se fait sentir.
En mars, on a enregistré 30 % de précipitation en moins que la normale, indique Kévin Ritz, hydrogéologue rattaché à l’EPMP. Le mois d’avril n’est pas terminé, mais il n’est quasiment rien tombé. Résultat : La situation se dégrade assez rapidement.
Une évaporation rapide
Malgré une recharge non négligeable des nappes phréatiques du secteur pendant les crues de janvier et de février, ces dernières sont différentes de celles très épaisses, composées de centaines de mètres de calcaire, qu’on peut retrouver dans le Bassin parisien ou aquitain. Sur le Marais poitevin, l’eau monte vite et redescend aussi très vite, pointe le spécialiste. Et ce phénomène a été amplifié avec les inondations : en février, il a tellement plu qu’on a ouvert les canaux pour vider l’eau, parfois de manière excessive.
Si vers Niort et la Charente-Maritime, les réservoirs se maintiennent à niveau, celui des nappes en Vendée est très en dessous des moyennes de saison et assez proche des sécheresses qui ont lieu statistiquement une fois tous les cinq ans. À titre de comparaison, l’état des nappes aquifères, à cette même période l’année dernière, était plus favorable. Leur niveau était proche des moyennes.
Y a-t-il matière à s’inquiéter ? Kévin Ritz tempère : À l’heure actuelle, on n’est pas dans une situation aussi critique qu’en 2022 mais il faut se montrer vigilants. Nos voisins de Charente, de Charente-Maritime et des Deux-Sèvres ont déjà vu tomber les premières mesures de restrictions d’eau sur leur territoire. Lundi 27 avril 2026, la préfecture de Vendée en a fait de même. Elle a placé en niveau alerte le secteur Côtiers Breton et en niveau vigilance les secteurs Autizes et Vendée superficielle.
Des conséquences déjà observables
Parce que sur le terrain, les conséquences de la conjoncture actuelle s’observent déjà. Sur les parcelles de David Baudouin, agriculteur en polyculture élevage à Foussais-Payré (Vendée), semer devient compliqué. Comme le printemps a été assez précoce, on a commencé à travailler les sols dès fin mars, mais c’est beaucoup trop tôt. Le sec a repris le dessus et je me retrouve maintenant avec des mottes de terre, déplore le céréalier. Je laboure dans la poussière.
Déjà durant les crues, cet agriculteur en poste depuis 2009, n’avait pas été épargné. Les terrains qui étaient hydromorphes n’ont pas réussi à récupérer de l’excédent de pluie tombé en février. Donc, aujourd’hui, on a des blés par endroits qui ne sont pas très beaux. Mais David Baudouin reste optimiste : On n’est pas encore en retard sur les semailles et la lune va bientôt changer, ça nous apportera peut-être un peu d’eau.
Pour l’instant, les prédictions météo restent floues. Mais si on a zéro précipitation au mois de mai et zéro précipitation au mois de juin, la situation risque de devenir très compliquée, avertit Kévin Ritz. La baisse continue du débit des cours d’eau pourrait, à terme, finir par endommager la biodiversité, nuire à la zone humide du Marais et affecter encore divers corps de métiers.


